Mes découvertes culturelles – Janvier-Février-Mars 2020

J’essaie un nouveau format d’article : plutôt que de faire un bilan de mes découvertes annuelles (où je parle surtout de séries) et en reprenant un peu le principe de mon ancienne chronique Merci Internet (qui se limitait donc à internet), je tente de vous proposer une chronique que j’espère régulière, où je vous présente mes découvertes du moment.

Ce format me plaît bien parce que : 1) il ne me limite pas à l’actualité en me permettant de parler de films, séries, livres, musique, articles, sites, jeux, récents ou pas ; 2) il me donne une raison supplémentaire de faire de nouvelles découvertes ; 3) il me pousse à tenir un rythme plus régulier dans l’écriture (tous les 1 à 3 mois, à voir).
J’espère que ça pourra aussi vous intéresser !


LIVRES

Le chœur des femmes – Martin Winckler (2009)

Inspiré de sa propre expérience de médecin généraliste ayant travaillé en gynécologie, ce roman de Martin Winckler nous fait vivre le quotidien d’un service de médecine des femmes, en présentant le personnel y travaillant et les femmes qui y viennent (notamment pour des problèmes de contraception, violences conjugales, avortement). On découvre cet univers à travers les yeux du Docteur Atwood, qui va apprendre à dépasser ses idées reçues sur l’unité et ses patientes.

C’est un roman très touchant rempli des différentes histoires des patientes du service, qui dépeint ce que vivent les femmes dans le silence, un vécu souvent tabou mais pourtant très courant. Un livre toujours pertinent aujourd’hui, dont je lirais sans doute la suite (parue l’année dernière).

Barbe bleue – Amélie Nothomb (2012)

Barbe bleue est une adaptation moderne du conte populaire, dans lequel une femme vit en colocation avec un homme soupçonné d’avoir tué ses anciennes colocataires.
C’est le premier livre d’Amélie Nothomb que je lis et je ne sais pas s’il est très représentatif de l’ensemble de sa bibliographie. Elle a en tout cas dans celui-ci un style très direct avec beaucoup de dialogues-punchlines. Le livre est court, il se lit vite : il ne développe qu’une seule intrigue.
Ce n’est pas ce que j’apprécie d’habitude (j’aime quand on prend le temps de découvrir l’univers dans lequel on nous plonge, qu’on nous présente différents personnages nuancés) mais j’ai quand même voulu savoir comment ça se terminerait. À considérer, donc !

Les femmes de droite – Andrea Dworkin (1983, traduction française de 2012)

M’intéressant aux différentes théories féministes, j’avais prévu de lire ce livre depuis longtemps. Mais j’avais tardé à le démarrer parce que j’imaginais qu’il ne m’apprendrait que des choses que je savais déjà en m’y intéressant de loin. Et bien j’avais tort ! Dworkin offre un travail très détaillé et argumenté, qui va bien plus loin que ce que je pensais en avoir compris.

Dworkin étudie (dans le contexte américain des années 80, mais c’est transposable dans une certaine mesure dans nos sociétés actuelles), la situation et les positions des femmes de droite (comprendre les conservatrices, les anti-féministes, les femmes qui ne s’opposent pas au patriarcat). Elle montre que les femmes de droite ne le sont pas par ignorance (ou en tout cas, pas toutes), mais qu’elles ont en fait bien conscience de la situation inégalitaire dans laquelle elles sont, des dangers du patriarcat, mais comptent sur la protection des hommes (le mari notamment) en s’investissant dans les rôles traditionnels et des valeurs familiales pour y survivre. Elle montre également les échecs de la gauche à amener l’émancipation que cherche à atteindre le féminisme.

C’est une analyse très intéressante des femmes, de la droite, des États-Unis, de la religion, du patriarcat, de la famille, de l’homosexualité, de l’avortement, de la prostitution et de la pornographie. La postface de cette édition continue l’analyse sur un contexte plus actuel en étudiant la situation des femmes aux États-Unis post-2008 (élection de Barack Obama).

Si le féminisme vous intéresse, et si vous ne l’avez pas encore lue, je vous le conseille vraiment, même si vous pensez déjà avoir déjà tout compris de la pensée d’Andrea Dworkin. C’est le genre d’écrits qui arrive à mettre des mots justes sur une pensée féministe pas toujours simple à formuler (j’ai aussi eu cette impression à la lecture de Monique Wittig).


FILMS

Je n’ai pas eu l’occasion de voir de nouvelles sorties, donc voici mon avis sur des films plus anciens que je voulais recommander.

Parasite – Bong Joon Ho (2019)

Parasite a beaucoup fait parler de lui et a obtenu beaucoup de récompenses internationalement. C’est un film coréen qui met en scène la confrontation de deux mondes, celui d’une famille pauvre et d’une famille riche, la première essayant d’arnaquer la deuxième pour améliorer sa situation.

Le film est à la fois touchant, prenant et drôle. Il nous fait vivre profondément l’expérience universelle des déboires du capitalisme et du dégoût des pauvres par les riches dans une incarnation coréenne.

Je le recommande fortement, et, si vous l’avez déjà vu, regardez également Snowpiercer et Okja, deux autres films de Bong Joon Ho que j’ai beaucoup aimé.

Portrait de la jeune fille en feu – Céline Sciamma (2019)

Ce n’est pas souvent que je regarde du cinéma français et c’est encore plus rare que je l’apprécie. Pourtant, voilà un film que j’ai adoré. Il est très beau, les actrices fantastiques et l’histoire est touchante.

C’est un des rares films que j’ai vu qui arrive à représenter des femmes, leur beauté et leur sexualité sans la montrer à travers un male gaze (un regard masculin, hétérosexualisant). Beaucoup d’autres films, pourtant centrés sur des relations lesbiennes ou réalisé par des femmes, conservent ce regard. Que du cinéma arrive à remettre en cause l’hégémonie et l’universalisme masculin de cette manière est très encourageant !

Il est regrettable que tout le cinéma français ne soit pas encore prêt pour de tels films. Il nous l’a notamment montré en préférant récompenser le film d’un pédophile assumé et en ignorant complètement celui dont le casting a montré que la France n’était pas épargnée par ce que les victimes du mouvement #MeToo américain ont mis en lumière.

Entre le ciel et l’enfer – Akira Kurosawa (1963)

Je n’avais vu de ce pilier du cinéma japonais que Les sept samouraïs qui n’avait pas vraiment capté mon intérêt (malgré son importance dans l’histoire du cinéma). Mais j’avais envie d’essayer un autre film d’Akira Kurosawa.

Entre le ciel et l’enfer nous parle d’une enquête policière autour de l’enlèvement du fils du chauffeur de l’actionnaire principal d’une usine de chaussures. Les ravisseurs, qui pensaient avoir le fils de l’actionnaire, lui réclament tout de même une somme qui le ruinerait.

J’ai trouvé les différents personnages de ce film intéressants, que ce soit parmi les victimes, les policiers ou les ravisseurs. La première partie est haletante, que ce soit dans la demande de rançon ou l’enquête de la police qui découvre progressivement des indices. La fin m’a un peu moins intéressée, la tension ne repose plus sur ce qui marchait pour moi.

Si vous ne connaissez pas encore ce réalisateur, ce film peut être une bonne introduction à son cinéma ! En ce qui me concerne, je regarderais sans doute d’autres de ses films.

Moi, Daniel Blake – Ken Loach (2016)

Avec une approche quasi documentaire, Ken Loach peint un portrait de la réalité des classes populaires en Angleterre.

Daniel Blake est un charpentier de 59 ans qui essaie de retrouver du travail après de graves problèmes cardiaques. Il fait face à la déshumanisation de la bureaucratie libérale anglaise et ne trouve de la force qu’à travers la coopération de classe, notamment grâce à l’aide qu’il apporte à Katie Morgan, une jeune mère célibataire en grande difficulté.

C’est une histoire touchante avec des personnages très attachants et une solidarité de classe réconfortante (peut-être un peu trop idéalisée par moments). La réalité dépeinte est totalement transposable à un contexte français.


SÉRIES

Watchmen – Saison 1

J’aime bien le travail d’Alan Moore (sans pour autant le sacraliser comme d’autres ont pu le faire) et l’impact qu’il a eu sur le monde (dans la fiction et dans le monde réel), et Watchmen fait partie de ces œuvres qui ont su apporter une profondeur supplémentaire à la culture populaire. L’adaptation avait la tâche difficile de créer une version actuelle des comics pour la télévision. Et c’est globalement réussi !

La série Watchmen de HBO imagine donc une suite contemporaine aux événements qui prennent place dans les comics Watchmen (à notre époque mais dans une timeline différente de la nôtre). Sans trop spoiler, la géo-politique de l’univers a quelques différences assez significatives avec le nôtre, qui donne vraiment envie de s’y plonger pour en apprendre plus. Il y a quelques personnages des comics qui refont leur apparition, mais la plupart sont de nouveaux personnages qui vivent les conséquences des actions des Watchmen. Il n’y a pas besoin d’avoir lu les comics pour regarder, mais vous comprendrez peut-être mieux certains des enjeux et personnages de la série.

L’histoire racontée est intéressante et très actuelle, notamment par l’interprétation du suprémacisme blanc transposé à cet univers. Les personnages sont travaillés et le scénario surprend vraiment par moments. J’aime bien le rythme de la série, qui prend le temps de s’attarder sur différents personnages et points de vue, dans le présent et le passé. Je n’ai pas vraiment de reproches à lui faire, sinon que certaines choses aurait peut-être été plus intéressantes si amenées autrement, mais je l’ai globalement beaucoup appréciée !

The Witcher – Saison 1

L’adaptation de la saga littéraire de Andrzej Sapkowzki a un peu fait parler d’elle avant sa sortie, par intérêt et crainte de ce qui serait fait à cet univers ou pour le choix des acteurices (notamment Henry Cavill dans le rôle de Geralt).

Malheureusement, et bien qu’elle soit rapidement devenue une des séries de Netflix les plus regardées, la série n’est pas à la hauteur de ce qu’on aurait pu espérer. Sans être mauvaise, The Witcher ressemble un peu à n’importe quelle série de Dark Fantasy. N’oublions pas que nous sommes dans un monde post-Game of Thrones, qui a créé de nouveaux standards, pour toutes les séries, mais d’autant plus pour la Fantasy.

Certains effets font très datés et les personnages ne sont pas toujours aussi intéressants qu’ils espèrent l’être. L’histoire met du temps à se mettre en place, elles se déroule à travers des intrigues prenant place à des moments différents qui ne se recoupent que très tard.
Cependant les personnages sont quand même attachants (même Geralt, malgré la platitude du personnage) et les relations entre eux sont même plutôt intéressantes. Ce qui nous ait montré de l’univers donne envie d’en savoir plus.

Bref, même si elle n’est pas aussi bien que ce qu’on aurait pu espéré, elle reste un divertissement plutôt sympathique.

The Good Place – Saison 4

The Good Place, c’est terminé ! J’aime bien quand les séries ont la chance de pouvoir se terminer comme elles le souhaitent, qu’elles ne soient pas bêtement annulées avant de pouvoir nous laisser tout ce qu’elles pouvaient avoir à livrer. La saison 4 de The Good Place apporte une fin satisfaisante à une série parfois balbutiante, mais plutôt agréable.

C’était une série que j’ai appréciée, avec des personnages intéressants, mais au scénario parfois un peu faible (manque de véritables enjeux) et un humour un peu trop répétitif et qui ne marchait pas toujours. Je vous conseille quand même de l’essayer si vous ne l’avez pas encore vue !


PODCASTS/ÉMISSIONS

LSD, la série documentaire

LSD est une émission de France Culture de quatre épisodes sur un thème par semaine, qui donne la parole à différentes personnes sur un sujet, avec des avis parfois très différents. L’émission est diffusée à 17h du lundi au jeudi sur France Culture et est ré-écoutable en replay.
C’est une émission que j’écoute régulièrement et que j’aime bien, même si je lui reproche une approche parfois un peu voyeuriste (notamment en exposant sans trop de précautions des malheurs que l’audience de FC ne connaîtra peut être jamais).

Parmi ceux des derniers mois, je vous recommande les thèmes suivants : La Pologne et le féminisme, Avortement, le pouvoir du médecin, Livres cultes pour lecteurs rebelles.

Les Trois Points

Les Trois Points est un podcast encore tout jeune qui se présente comme « un projet collaboratif, anarchiste et libertaire ». Il explore différentes manières d’inscrire l’anti-capitalisme et l’anti-autoritarisme dans nos vies en faisant intervenir plusieurs voix s’exprimant sur le thème de l’épisode.

Il n’y a pour le moment que 3 épisodes : Salariat & temps libre, Féminisme & Fiction : se réinventer, Retrouver des espaces libérés.


SITES/ARTICLES/VIDÉOS

Game Of Hearth

Game Of Hearth est une chaîne YouTube qui parle principalement d’écologie politique et de féminisme en étudiant les différentes visions que proposent les multiples courants écologistes et féministes.

C’est à ma connaissance une des meilleurs chaînes de vulgarisation sur ces sujets. Je la présente comme de la vulgarisation mais je ne sais pas si c’est très juste parce que c’est parfois assez pointu, même si je trouve que le format principal rend l’information relativement bien accessible.

Il y a quelques interviews de spécialistes et la plupart des vidéos sont consacrées à des courants ou des points précis de féminisme ou d’écologie politique, ou bien sur la fusion des deux sujets à travers l’écoféminisme, un courant qui a (je trouve) des limites mais qui reste quand même intéressant :

Calmos – Rigolo

Calmos est une chaîne YouTube qui parle principalement de comédies françaises dans son émission « Rigolo ». Alors que ce n’est pas le type de cinéma qui m’attire particulièrement, elle a réussi à me faire dépasser mes a priori et à m’y intéresser. J’apprécie beaucoup le travail qui y est fait, en proposant une analyse pertinente de son sujet sans le glorifier ou le dénigrer outre mesure.

Je l’ai découverte avec l’actuel dernier épisode sur la comédie française et l’homophobie mais je vous propose également cet épisode que je trouve parmi les plus intéressants :

Les Méditations dans l’urgence – Charles Salmacis

Les Méditations dans l’urgence est le blog de Charles Salmacis. Je l’avais découverte avec sa participation au collectif de vidéastes à l’origine de #OnVautMieuxQueÇa (lors de la mobilisation contre la Loi Travail en 2016) et je suis depuis régulièrement ce qu’elle a pu produire. On peut notamment la retrouver sur Twitch, et maintenant sur son blog, sur lequel elle partage ses recommandations culturelles ou encore des analyses politiques et sociales, par exemple sur les femmes dans les jeux en ligne compétitifs.


Et voilà pour le premier épisode de ce nouveau format ! J’espère qu’il vous aura intéressé !
Je teste un peu cette chronique, voir si elle me convient, à quel rythme la sortir et ce dont je peux parler. Il y a sans doute d’autres choses que j’aurais voulu intégrer dans ce premier numéro mais je n’ai pas eu le réflexe de les mettre de côté pour pouvoir les partager ici.

J’espère que vous et vos proches se portent bien dans cette période un peu étrange et je vous retrouve bientôt pour de nouvelles publications !

N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ces découvertes et à partager les vôtres !

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